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La vraie lumière ne brille pas, minuit est la vraie lumière

Extrait du livre « La pratique du zen », recueil d’enseignements de maître Taisen Deschimaru.

Shinku, en japonais signifie : l’illumination vraie ne brille pas. C’est un koan… Ne pas montrer notre brillant au dehors. Découvrir la lumière originelle dans la terre de notre coeur. Inconsciemment, trouver, à travers la méditation en zazen,l’intuition de l’existence primitive. Recevoir l’énergie dans notre esprit et notre corps – jusqu’en chacune de nos cellules.  Bien sûr, le Bouddha a été illuminé, et son éveil est représenté symboliquement par un point sur le font. Mais dans le zen, l’illuminatin signifie aussi « ne pas avoir de geste faux ». L’illumination éclate dans chaque geste de la vie quotidienne.

Ainsi, l’illumination n’est pas seulement éblouissante, elle est parfois sombre. Parfois longue et parfois courte… La claire lumière jaillit dans la nuit obscure, et le merveilleux lotus fleurit dans la boue des marais. Un grand maître connut l’éveil en entendant un caillou tinter, un autre en voyant un pêcher en fleurs… L’illumination, « la grande intuition », surgit aussi dans le contact avec autruit, dans la communication… On peut trouver la lumière partout.  La grande sagesse consiste à s’harmoniser…

Poème sur l’éveil par Maître Hakuin Ekaku (1685 – 1768)

Tous les êtres sont Bouddha depuis l’origine des temps,
Comme l’eau et la glace
Sans eau pas de glace *
Hors de nous pas de Bouddha.

Si proche est la vérité, bien que nous allions la quérir au loin.
Entourés d’eau nous crions  “J’ai grand soif !”
Nés riches,nous errons comme des pauvres,
faisant inlassablement le tour des six mondes.

Notre affliction a pour cause l’ego trompeur.
De sentiers en sentiers, nous tâtonnons dans le noir.
Comment nous affranchir de la roue du samsara ?

La porte de la liberté est le samadhi procuré par le zazen.
Par-delà l’exaltation, par-delà la louange,
est le pur Mahayana**.

Les préceptes, le repentir, le don,
la voie juste d’existence, les innombrables actions méritoires,
tout cela a son origine dans le zazen.

Le  Samadhi*** authentique disperse tous les maux ;
il nous purifie du karma, évacue les obstacles.
Où sont désormais les sombres sentiers sur lesquels nous nous égarions ?

Le pays du lotus pur est proche.
Entendre cette vérité, le coeur humble et reconnaissant,
pratiquer sa sagesse,est source de bienfaits illimités, de montagnes de mérites.

Mais si, retirés en nous-mêmes, nous nous prouvons notre vraie nature -que l’être véritable est dépourvu d’ego,que notre soi n’est pas un moi – l’ego est transcendé et les mots habiles sont derrière nous.

Alors la porte de l’unité s’ouvre avec fracas.
Il n’y a plus ni deux ni trois,en ligne droite court la Voie.

Notre forme étant devenue non-forme,
nous pouvons aller et venir sans jamais sortir de chez nous.

Notre pensée étant devenue non-pensée,
nos actions expriment le Dharma.

Immense, infini est le ciel du samadhi !
Éclatant et transparent est le clair de lune de la sagesse !
Là, dans le monde, quelque chose nous ferait-il défaut ?

L’immensité du nirvana se déploie devant nos yeux.
La terre que nous foulons a pour nom lotus pur,
et notre corps est le corps même de Bouddha.

 

* La métaphore de l’eau et de la glace renvoie à la nature des illusions et de l’éveil.  Le mental obnubilé par ses rigidités, par ses vues erronées, est comparé à de la glace qui, si elle fond, donne l’eau de l’éveil. La pratique zen ne dénigre pas notre humanité, elle s’y enracine comme le lotus…

** Littéralement « Grand véhicule » : courant du bouddhisme qui n’est pas axé sur la réalisation d’un « état de grâce » (nirvana) en dehors du monde ou de la vie quotidienne (samsara), mais qui prône l’obtention de la libération au coeur même des phénomènes (le nirvana est au coeur du samsara), en lien avec toutes les existences.  L’école du zen fait partie du courant du Mahayana. 

*** Samadhi : concentration sans effort, unité.

 

 

Le vent cesse, je vois tomber une fleur…

Un poème dit : « Le vent cesse, je vois tomber une fleur. L’oiseau qui chante me fait découvrir le calme de la montagne. »

Quand vous faites zazen, vous ne devriez pas essayer d’atteindre quoi que ce soit. Juste être assis dans le calme intégral de votre esprit sans vous fonder sur rien.

Garder le corps droit signifie ne se fonder sur rien.

Gardez simplement le corps droit sans vous pencher ni vous adosser. De cette manière vous atteindrez physiquement et mentalement le calme intégral.

Mais se fonder sur quelque chose ou essayer d’atteindre quelque chose ou essayer de faire quelque chose pendant zazen, c’est être dans la dualité, et non dans le calme intégral.

Nous devrions établir notre pratique là où il n’y ni pratique, ni illumination. Tant que nous pratiquons zazen là où il y a pratique et illumination, nous n’avons aucune chance de faire en nous-même la paix parfaite.

En d’autres termes, nous devons croire fermement en notre vraie nature !

Mais si vous essayez d’arrêter votre esprit ou de transcender votre activité consciente, ce ne sera pour vous q’un fardeau de plus… Laissez tout tel que c’est. Alors les choses ne resteront pas si longtemps dans votre esprit. Elles viendront naturellement, et s’en iront naturellement, c’est tout. Finalement, votre esprit restera assez longtemps clair et vide.

« Essence de l’esprit », « esprit originel », « visage originel », « nature de Bouddha », « vacuité », tous ces termes expriment le calme absolu de l’esprit.

Dogen zenji disait :  » Etablissez votre pratique au milieu de votre illusion ». Même si vous pensez être dans l’illusion, votre esprit pur est là.

Shunryu Suzuki Roshi. « Esprit zen, esprit neuf », Extraits

 

 

La vie et la voix de Bouddha…

Le vent se trouve partout mais il n’a ni forme ni voix. Pour le reconnaître nous devons le sentir sur notre peau ou l’écouter entre les brins d’herbe et les arbres, ou bien suivre du regard les nuages qui passent rapidement dans le ciel, poussés par la brise. (…)  

La vie et la voix de bouddha sont présentes partout dans le ciel et sur la terre et se manifestent en toutes choses. Dans les dernières années de sa vie, l’historien d’art  Yanagi Muneyoshi a écrit dans son livre « shinge » (vers du coeur) : « En réalité, Bouddha est le nom de ce qui ne peut être nommé ».

La vie originelle de Bouddha n’a ni nom ni forme et existe en toute chose : de l’arbre au brin d’herbe, de la tuile au caillou. Elle devient le vent dans les pins ou dans les voiles; elle naît homme ou femme ; elle existe dans ce qui est bon ou mauvais, dans la beauté et dans la laideur. Peu importe la forme qu’elle prend, elle est toujours la manifestation de Bouddha.

Tout comme le singe Wu-k’ung, nous ne pouvons pas nous éloigner de la main de Bouddha.

Chaque fois que j’ai la présomption de penser qu’il m’est possible de vivre par mes seules forces, ce poème d’un enfant de cinq ans me revient à l’esprit :

Au moment où je dis « langue, bouge! » Ma langue a déjà bougé.  Qu’est-ce qui a fait bouger ma langue avant que je le lui aie dit ?

Que nous soyons conscients ou non, nous sommes enveloppés par les grands bras de Bouddha et nous ne pouvons ni vivre ni mourir sans sa force. En réalité cette énergie n’a ni nom ni forme.

Certaines personnes ont donné une forme artistique à ce qui, originellement, n’a ni forme ni nom, en sculptant des images de Bouddha et de Bodhisattvas à l’aspect humain. Tout comme les enfants qui éprouvent le besoin d’appeler leur mère « maman », nous avons donné le nom de Bouddha Amida ou de bodhisattva Kannon à ces sculptures. C’est ainsi que tout est révélé en tant que Bouddha Amida ou comme transformation de Kannon.      (…)

Kannon, Bodhisattva de la compassion
Kannon, Bodhisattva de la compassion

 

 Shundô Aoyama, nonne zen, abbesse.  Extrait de « Le zen et la vie », éditions Sully 2008.